Partie 1 — L’installation et les absences
La fête foraine de Pontchâteau s’était installée dans une atmosphère familière : musique, lumières suspendues, rires et agitation constante. Comme chaque année, la foule se pressait entre les stands, attirée par une promesse simple : se divertir.
À l’écart, pourtant, une zone artistique attirait les plus curieux.
Les installations y représentaient des silhouettes humaines figées dans des scènes du quotidien. À première vue, il s’agissait d’un travail d’un réalisme impressionnant. Mais très vite, un malaise diffus s’installait.
Les visages semblaient trop précis. Les regards trop présents. Les corps figés dans des instants chargés d’une tension inexplicable.
Peu de visiteurs restaient longtemps. Quelque chose dérangeait sans pouvoir être nommé.
Dans les jours suivant la fête, des photos circulèrent en ligne. Elles mettaient en avant cette installation troublante, saluée pour son intensité visuelle.
Mais certains détails finirent par inquiéter.
Des visages apparaissaient sur plusieurs clichés. Toujours les mêmes. Toujours immobiles.
Et parfois… identifiables.
Parallèlement, des signalements discrets commencèrent à émerger. Des personnes ne donnaient plus de nouvelles. Rien d’alarmant à première vue, rien de suffisamment structuré pour alerter immédiatement.
Jusqu’à ce que les recoupements deviennent trop nombreux.
C’est à ce moment-là que le capitaine Marion Jallais fut chargée de l’affaire.
Pragmatique, méthodique, elle écarta d’abord toute hypothèse irrationnelle. Mais l’absence de traces concrètes, combinée à la récurrence du lieu, la força à envisager une piste inhabituelle.
Elle fit alors appel au professeur Gabriel Boursault, spécialiste des comportements humains et des phénomènes de perception.
Dès leur arrivée sur le site, une évidence s’imposa : il ne restait presque rien.
Le terrain avait été nettoyé. Les installations avaient disparu. Officiellement.
Mais en s’enfonçant dans les bois environnants, des traces subsistaient. Des empreintes. Des structures abandonnées.
Et parfois, dissimulées dans le décor naturel, des silhouettes encore présentes.
Boursault s’arrêta longuement devant l’une d’elles.
Il n’y toucha pas. Il observa. Longtemps.
Trop longtemps au goût de Jallais.
Car dans ce silence, une sensation s’installait.
Celle d’être observé en retour.
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Mais ce qui n’était au départ qu’un simple malaise diffus allait rapidement prendre une autre dimension.
Car derrière les images partagées et les impressions troublantes, un détail persistant refusait de disparaître : certaines présences semblaient s’être attardées bien après la fin de la fête.
C’est à ce moment précis que l’histoire cessa d’être une rumeur… pour devenir une enquête.

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